Vergu Yaram
Formation santé du mercredi

Sécurité et secourisme : malaise & défibrillateur (DAE)

Prise en charge d'une victime en malaise et utilisation du défibrillateur automatisé externe à la centrale C6 Bel Air.

Présenté par Docteur Dieng — formation santé (chaque mercredi)
Sécurité et secourisme : malaise & défibrillateur (DAE)

1. Contexte et justification

  • Une centrale thermique concentre des risques pouvant provoquer une perte de connaissance ou un arrêt cardio-respiratoire : risque électrique HT/BT, ambiances thermiques élevées près des moteurs et échappements, efforts physiques en maintenance, atmosphères confinées, bruit et vibrations.
  • S'ajoute le risque cardiovasculaire propre aux opérateurs, majoré par le travail posté en 3×8 qui perturbe le rythme circadien, le sommeil et l'équilibre tensionnel.
  • La centrale fonctionne 24 h/24, 7 j/7 : un malaise peut survenir la nuit, avec un effectif réduit à une équipe de quart et des secours extérieurs à plusieurs minutes. Dans cette fenêtre, la survie dépend exclusivement des personnes présentes.
  • Ordre de grandeur : chaque minute sans réanimation ni défibrillation fait perdre environ 10 % de chances de survie. Sans intervention, la survie chute sous 5 % ; avec défibrillation précoce et premiers gestes, elle peut dépasser 70 %.
  • C'est ce qui justifie la présence d'un DAE sur site et la formation des agents de quart.

2.1 Malaise, perte de connaissance, arrêt cardiaque

  • Malaise (victime consciente) : répond aux questions, pâleur, sueurs, faiblesse, douleur thoracique, vertiges, troubles de la vue ou de la parole → éviter la chute et repérer une urgence cardiaque ou neurologique.
  • Perte de connaissance (inconsciente qui respire) : ne répond pas, mais le thorax se soulève normalement → protéger les voies aériennes (langue, vomissures).
  • Arrêt cardio-respiratoire : ne répond pas ET ne respire pas ou respire anormalement → urgence absolue, minute par minute.
  • PIÈGE — la respiration agonique (gasp) : respiration lente, bruyante, en hoquetant = ce n'est PAS une respiration normale. C'est un signe d'arrêt cardiaque : démarrer immédiatement la réanimation.

2.2 Le cas particulier de l'électrisation

  • Électrisation : manifestations dues au passage du courant — brûlures d'entrée/sortie, contractures, troubles du rythme, atteintes des organes traversés.
  • Électrocution : électrisation dont l'issue est le décès.
  • Le courant emprunte le trajet le plus court vers la terre. Quand il traverse le thorax : fibrillation ventriculaire (rythme que le DAE sait corriger) ou anoxie par tétanisation des muscles respiratoires.
  • Conséquence : en électrisation, priorité à la défibrillation d'emblée dès que l'appareil est disponible. La victime d'un accident électrique est un candidat privilégié au DAE.

2.3 Populations et pathologies à risque

  • Cardiopathies ischémiques et lésions athéromateuses des coronaires (infarctus puis fibrillation).
  • Troubles de la conduction et du rythme préexistants.
  • HTA, diabète, hypercholestérolémie, tabagisme, surcharge pondérale.
  • Antécédents familiaux de mort subite.
  • Facteurs du poste : travail de nuit, ambiance chaude, effort intense, stress d'exploitation.
  • → Justifie un suivi médical périodique des agents de quart.

3.1 PROTÉGER — sécuriser avant tout geste

  • Identifier le danger persistant : conducteur sous tension, pièce en mouvement, fuite de fluide, gaz d'échappement, surface brûlante.
  • Accident électrique : couper l'alimentation AVANT tout contact (consignation, disjoncteur, arrêt d'urgence). Ne jamais toucher la victime tant que la source n'est pas isolée.
  • Haute tension : ne pas approcher. Distance minimale 3 m jusqu'à 50 kV, 5 m au-delà ; s'éloigner à petits pas glissés (tension de pas). Attendre le service habilité.
  • Baliser la zone et éviter le sur-accident.

3.1 ALERTER — la chaîne d'alerte

  • L'alerte se donne en parallèle des gestes, jamais à leur place.
  • Salle de contrôle C6 (interne) : alerte immédiate, envoi du DAE et de la trousse, ouverture des accès, consignation.
  • SAMU National : 1515 (gratuit, 24 h/24) — régulation médicale, ambulance médicalisée.
  • Sapeurs-pompiers : 18. Police : 17 (sécurisation des lieux).
  • Message bref et structuré : identité et fonction, localisation précise (Bel Air C6, bâtiment, niveau, repère), nature de l'accident, nombre de victimes, état constaté, gestes entrepris, présence d'un DAE.
  • Ne jamais raccrocher avant que l'interlocuteur ne le demande : le régulateur guide à distance.

3.2 Victime consciente en malaise

  • L'installer dans la position où elle se sent le mieux, le plus souvent allongée, pour éviter la chute.
  • Desserrer col, ceinture, vêtements serrés ; aérer, écarter les curieux.
  • L'interroger sans la fatiguer : depuis quand, première fois, traitement, antécédents, douleur thoracique, essoufflement, trouble de la parole ou de la vue.
  • Ne rien faire boire ni manger.
  • Surveiller en continu conscience et respiration : un malaise peut évoluer vers l'arrêt.
  • Transmettre les réponses au médecin régulateur du 1515.
  • Alerte immédiate si : douleur thoracique serrant ou irradiant bras/mâchoire, sueurs profuses, difficulté à parler, asymétrie du visage, faiblesse d'un côté, gêne respiratoire marquée.

3.3 Inconsciente qui respire — position latérale de sécurité (PLS)

  • Vérifier : absence de réponse à la parole et à la stimulation.
  • Libérer les voies aériennes : desserrer les vêtements, basculer prudemment la tête en arrière, élever le menton.
  • Contrôler la respiration 10 secondes au plus : regarder, écouter, sentir. Respiration normale → PLS.
  • Retirer lunettes et objets des poches.
  • Bras du côté sauveteur à angle droit, coude fléchi, paume vers le haut.
  • Amener l'autre main contre la joue côté sauveteur, dos de la main contre la joue, la maintenir.
  • Saisir la jambe opposée derrière le genou, la relever, pied au sol.
  • Faire rouler la victime vers soi en tirant sur le genou, sans à-coup, axe tête-cou-tronc aligné.
  • Fléchir la jambe supérieure à angle droit pour stabiliser ; ouvrir la bouche pour l'écoulement des liquides.
  • Couvrir, surveiller en permanence, contrôler la respiration chaque minute.
  • Si la respiration disparaît ou devient anormale : remettre sur le dos et démarrer la RCP sans délai.

3.4 Inconsciente qui ne respire pas — VÉRIFIER, ALERTER, RÉANIMER

  • 1. VÉRIFIER : absence de réponse et respiration absente ou anormale (gasp inclus) → arrêt cardiaque.
  • 2. ALERTER : faire alerter le 1515 et faire apporter le DAE ; si seul, alerter d'abord puis démarrer.
  • 3. RÉANIMER : compressions thoraciques immédiates et pose du DAE dès son arrivée.
  • Compressions : victime sur le dos, plan dur, thorax dénudé ; talon d'une main au centre du thorax (moitié inférieure du sternum), seconde main par-dessus, doigts croisés relevés.
  • Bras tendus, épaules à l'aplomb, poussée verticale ; profondeur 5 à 6 cm, cadence 100 à 120/min.
  • Relâchement complet entre chaque compression sans décoller les mains ; interruptions réduites au minimum ; relais toutes les 2 minutes.
  • Cycle de référence : 30 compressions / 2 insufflations. Non formé ou mal à l'aise avec la ventilation : compressions seules et sans interruption.

4.1 Le DAE — principe de fonctionnement

  • Appareil portatif qui analyse l'activité électrique du cœur via deux électrodes, détermine si le rythme est chocable et délivre le choc si indiqué.
  • L'objectif n'est pas de « redémarrer » le cœur mais d'interrompre une activité anarchique (fibrillation ventriculaire) pour permettre la reprise d'un rythme organisé.
  • Analogie exploitation : comme un déclenchement volontaire suivi d'un redémarrage propre (black start d'un groupe) — on remet le système dans un état où il peut se resynchroniser.
  • L'appareil décide seul : il ne délivrera jamais de choc sur un rythme non chocable. Il est impossible de nuire en posant un DAE ; ne pas le poser sur un arrêt cardiaque, c'est laisser mourir la victime.

4.2 Les deux familles d'appareils

  • DAE entièrement automatique : analyse puis délivre le choc de lui-même après annonce vocale → écarter tout le monde, aucune action manuelle.
  • DSA semi-automatique : analyse puis demande d'appuyer sur le bouton de choc (clignotant) → écarter tout le monde puis appuyer sur commande.
  • Dans les deux cas, suivre les commandes vocales et les voyants sans chercher à anticiper.

4.3 Procédure d'utilisation, pas à pas

  • 1. Poursuivre les compressions pendant qu'un second intervenant prépare le DAE.
  • 2. Mettre l'appareil en marche (ouverture du couvercle ou bouton) et écouter les consignes vocales.
  • 3. Dénuder le thorax : découper les vêtements, sécher la peau mouillée ou en sueur, raser une pilosité excessive si un rasoir est fourni, retirer les objets métalliques.
  • 4. Poser les électrodes selon le schéma : une sous la clavicule droite, l'autre sur le côté gauche du thorax sous l'aisselle ; appuyer fermement, sans bulle d'air.
  • 5. Laisser analyser : « analyse en cours » → personne ne touche la victime. Ordre à voix haute : « Écartez-vous ! ».
  • 6. Délivrer le choc si indiqué : vérifier visuellement que personne n'est en contact avec la victime ni une surface conductrice reliée.
  • 7. Reprendre immédiatement les compressions après le choc, sans vérifier le pouls ; l'appareil relance une analyse toutes les 2 minutes.
  • 8. Ne pas retirer les électrodes : laisser le DAE en place et en fonction jusqu'aux secours, même si la victime reprend conscience.
  • Attitude : rester calme, parler fort et clair, donner des ordres simples et nominatifs (« toi, appelle le 1515 », « toi, va chercher le DAE ») pour éviter la dilution des responsabilités.

4.4 Cas particuliers

  • Victime mouillée ou sol mouillé : essuyer le thorax, déplacer si possible sur une surface sèche.
  • Pacemaker ou défibrillateur implanté (bosse sous la peau) : décaler l'électrode d'au moins 8 cm de l'implant.
  • Patchs médicamenteux : les retirer et essuyer la zone.
  • Surface métallique : écarter la victime de tout support conducteur avant le choc.
  • Enfant < 8 ans ou 25 kg : électrodes pédiatriques ou mode enfant ; à défaut, électrodes adultes plutôt que rien.
  • Électrisation : s'assurer que la source est coupée et consignée avant tout contact, puis procédure standard.

4.5 Implantation et maintenance du dispositif sur site

  • Emplacement permettant un aller-retour en moins de 3 minutes depuis n'importe quel point de la centrale.
  • Boîtier accessible en permanence, sans clé, sans local fermé la nuit.
  • Signalétique normalisée, fléchage depuis les zones de travail, report au plan d'évacuation et dans les consignes de sécurité.
  • Position connue de chaque agent de quart : à intégrer à l'accueil sécurité des nouveaux et des entreprises extérieures.
  • Vérification périodique du témoin d'auto-test.
  • Contrôle des péremptions : électrodes et batterie durent 2 à 5 ans, à vérifier au moins annuellement en environnement industriel.
  • Registre de contrôle daté et signé, conservé avec la documentation HSE.
  • Kit d'accompagnement : rasoir, ciseaux, compresses, gants, masque facial, électrodes de rechange.
  • Après chaque utilisation : remplacer les électrodes, contrôler la batterie, remettre en service et récupérer la mémoire de l'appareil (tracé et chronologie) pour le retour d'expérience.
  • Déclarer l'appareil auprès des services de secours locaux.

4.6 Formation du personnel

  • Le DAE est utilisable par toute personne, même non formée : la formation sert à réduire le temps de réaction et améliorer la qualité des compressions.
  • Au moins un sauveteur secouriste du travail par quart, pour couvrir les quatre équipes en permanence.
  • Sensibilisation générale aux trois gestes fondamentaux : reconnaître, alerter, masser.
  • Recyclage périodique — la compétence se dégrade en quelques mois sans pratique.
  • Exercices de simulation avec chronométrage du délai alerte → pose des électrodes : c'est l'indicateur d'efficacité réel.
  • Mannequins à retour d'information en temps réel pour la qualité des compressions.

5. Synthèse — la chaîne de survie à C6

  • 1. Prévention et reconnaissance précoce : suivi médical, maîtrise du risque électrique et thermique, reconnaissance du malaise et du gasp.
  • 2. Alerte et réanimation immédiates : salle de contrôle + 1515, compressions sans délai, DAE apporté et posé par un second intervenant.
  • 3. Soins avancés : relais SAMU, transport médicalisé, prise en charge hospitalière.
  • 4. Rétablissement : suivi médical et psychologique de la victime, réintégration, accompagnement de l'équipe témoin.
  • À retenir : inconsciente qui respire → PLS. Inconsciente qui ne respire pas ou respire anormalement → compressions immédiates + DAE. Aucun de ces gestes ne peut aggraver l'état ; l'inaction est toujours fatale. Le seul risque réel est le sur-accident électrique, écarté par la coupure et la consignation.

Références & note de rédaction

  • European Resuscitation Council, Guidelines 2025 — Adult Basic Life Support.
  • American Heart Association, 2025 Guidelines for CPR and Emergency Cardiovascular Care.
  • Ministère de la Santé et de l'Action sociale du Sénégal — SAMU National, décret n° 2005-1270.
  • Norme NF C 18-510 — distances de sécurité sur ouvrages et installations électriques.
  • Travaux sur l'arrêt cardio-circulatoire par accident d'électrisation et intérêt du défibrillateur semi-automatique.
  • Note : marque, modèle, type (automatique ou semi-automatique), énergie délivrée, date de mise en service, échéance des consommables et emplacement précis du DAE de C6 restent à relever sur site et à insérer au chapitre 4.